MGUS et risque d’évolution en myélome (MM) chez les survivants après la bombe de Nagasaki : risque élevé chez les sujets jeunes exposés à des doses élevées et des temps de latence prolongés.
Il existe peu de données concernant l’étiologie des MGUS. Dans cet article, Masako Iwanaga évalue le risque de MGUS et de transformation en myélome multiple (MM) chez les survivants de la bombe atomique de Nagasaki. Entre 1988 et 2004, 52.525 participants exposés ont eu une recherche de MGUS dans le cadre d’une surveillance prolongée de la population cible. Parmi ces participants, 1103 patients avec un MGUS ont été identifiés, 19 patients avec un MM et 2 patients avec une macroglobulinémie de Waldenström (MW). Les 1082 patients avec un MGUS sont analysés dans cet article. La prévalence du MGUS est de 2,7% chez les personnes exposées à moins de 1,5 km : elle est de 1,9% entre 1,5 et 3 km et de 2,0% pour les personnes exposées à plus de 3 km. Elle est de 2,5% pour les personnes ayant reçu plus de 0,1 Gy, 2% pour celles qui ont reçu entre 0,01 et 0,1 Gy et de 1,6% en cas d’exposition inférieure à 0,01 Gy. Le ratio de prévalence ajusté à l’âge et au sexe est de 1,4 pour les personnes ayant été exposées avant l’âge de 20 ans et dans un rayon < 1,5 km alors qu’il n’existe pas de différence significative pour les personnes âgées de plus de 20 ans au moment de l’exposition et ce quelle que soit la distance de l’exposition. Les analyses ne montrent aucun impact de la dose chez les personnes âgées de plus de 20 ans au moment de l’exposition. Le ratio de prévalence est de 1,66 pour les personnes âgées de moins de 20 ans et exposées à une dose supérieure à 0,1 Gy. Les patients présentant un MGUS ont été suivis pendant une médiane de 7,4 ans (0,19-16) : 365 patients ont été suivis jusqu’à leur décès. 44 patients (4,1%) ont progressé en MM et 3 patients en MW. La période de latence entre le diagnostic de MGUS et la transformation (en MM ou MW) est de 5,3 ans (0,1-15,9) : la probabilité de transformation est pour l’ensemble des patients de 6,9% à 10 ans et de 8% pour le dernier suivi. La probabilité de progression est plus élevée pour les personnes exposées dans un rayon de moins de 1,5 km par rapport aux patients exposés dans les autres zones. Elle est aussi plus élevée chez les personnes exposées à un âge > 20 ans par rapport à ceux exposés à un âge < 20 ans. La probabilité est aussi significativement plus élevée chez les personnes avec un pic > 15 g/L au diagnostic comparé aux patients avec un pic < 15 g/L (12,5% versus 2%). Ces données épidémiologiques laissent suggérer que contrairement aux leucémies le MGUS et le MM sont des hémopathies malignes ayant un temps de latence extrêmement long après une exposition aux radiations ionisantes.
Réaction de elisabeth Baumelou-Torck : Bonjour. Ces données me paraissent très concordantes avec ce que l'on sait déjà en dehors d'une zone contaminée radioactivement (données de la Mayo clinic, données épidémiologiques françaises): Xavier, as-tu comparé? On a l'impression que la bombe de Nagasaki n'a eu aucun impact sur ce type de pathologies....!
Réponse de Xavier Troussard :
La question posée par Elisabeth Baumelou-Torck concerne les pathologies induites par la radiaoactivité à faible et/ou forte dose. Nous sommes particulièrement intéressés par cette thématique, sachant que les personnes habitant le département de la Manche sont confrontées au problème des risques éventuels d'une exposition répétée à faible dose. Pour tenter de répondre à cette question, le registre régional des hémopathies malignes de Basse Normandie (RRHMBN), validé par le Conseil National des Registres, a enregistré tous les cas incidents d'hémopathies malignes en Basse Normandie. Entre 1997 et 2004, notre base exhaustive de tous les cas incidents du registre comporte 5510 nouveaux cas. Les taux d'incidence standardisés à la population mondiale ont été publiés pour chaque type d'hémopathie maligne dans la RESP (Troussard X et al. Haematological malignancies: Incidence in Basse-Normandie, France, for 1997-2004.] Rev Epidemiol Sante Publique. 2009 Apr 16). Lors d'un colloquie récent à Cherbourg, nous avons présenté nos travaux en faisant un focus sur l'incidence des hémopathies malignes autour des installations nucléaires non seulement chez l'enfant mais aussi chez l'adulte. Il existe une augmentation non significative du risque de leucémie chez les enfants et adolescents de moins de 25 ans mais aussi chez les adultes de plus de 25 ans, risque non observé pour les LAM ou les LMNH. L'article MGUS et risque d’évolution en myélome (MM) chez les survivants après la bombe de Nagasaki : risque élevé chez les sujets jeunes exposés à des doses élevées et des temps de latence prolongés dans la revue de Presse 355 est intéressant mais il concerne les survivants de la bombe atomique de Nagasaki. Nous n'avons pas fait le travail de l'évaluation du risque éventuel et potentiel chez les patients exposés possiblement dans le département à de faibles doses de radioactivité mais nous allons l'entreprendre. Comme nous le savons, l'impact des radiations ionisantes à faible ou forte dose dans le myélome multiple reste possiblement différent.